La civilisation du Châtaignier

A la fin de l’ère tertiaire, le châtaignier faisait déjà partie du paysage ardéchois, d’après les fossiles de châtaigne ou de feuilles découverts. Beaucoup plus tard, à partir de ses taillis sauvages, l’homme a repéré pour sa consommation les châtaigniers portant les meilleurs fruits. Il s’est appliqué à les entretenir et les multiplier. Si les techniques de greffage étaient connues à l’époque romaine, c’est à la fin du Moyen Âge seulement que cette culture a pris un essor sans précédent. Il s’impose comme principale culture et monnaie d’échange dans les Cévennes et Boutières ardéchoises.

Arbre providentiel des zones de pente, le châtaignier était surnommé l’arbre à pain.

A la fin de l’ère tertiaire, le châtaignier faisait déjà partie du paysage ardéchois, d’après les fossiles de châtaignes ou de feuilles découverts.

Beaucoup plus tard, à partir de ses taillis sauvages, l’homme a repéré pour sa consommation les châtaigniers portant les meilleurs fruits. Il s’est appliqué à les entretenir et les multiplier.

Si les techniques de greffage étaient connues à l’époque romaine, c’est à la fin du Moyen Âge seulement que cette culture a pris un essor sans précédent. Il s’impose comme principale culture et monnaie d’échange dans les Cévennes et Boutières ardéchoises.

Ruche


Les paysans produisent plus de châtaignes qu'il ne leur en faut pour leur alimentation. Le surplus est échangé contre d'autres produits de la montagne, les muletiers descendent du foin, du lard et des fromages. Ils les échangent contre du vin, de l'huile d'olive et des châtaignes.

Ruches creusées dans des troncs de châtaigniers


Les agriculteurs arrivent à sélectionner des variétés adaptées à toutes les expositions. Avec des rendements supérieurs aux céréales, la châtaigne les remplace progressivement.

Le séchage permet de la conserver toute l’année, pour faire face aux nombreuses famines provoquées par les caprices climatiques, les guerres et les épidémies. La population devient en grande partie dépendante de cette récolte. Les années de grand gel ou de sècheresse prolongée qui la prive de châtaignes sont catastrophiques.

Au cours des siècles, les paysans d'Ardèche ont appris à tirer le meilleur parti du châtaignier pour se nourrir. Ils exploitaient également le bois et tout ce que l'arbre fournissait, pour quantité d'utilisations de leur vie quotidienne.

Berle

Les charpentes et menuiseries étaient construites en châtaignier, tout comme le mobilier des habitations paysannes (pétrins, bancs, coffres).

Meuble en châtaignier appelé « Berle »


Les troncs évidés formaient le corps des ruches. Coupés en deux, dans le sens de la longueur, ils se transformaient en abreuvoirs, mangeoires, armoires appelées "berles".

Pratiquement imputrescible, ce bois était utilisé pour tous les objets en contact avec l'eau. Cette propriété était aussi utile pour la fabrication d'échalas et de piquets.

 


Les jeunes rejets coupés au printemps offraient des éclisses et des arceaux nécessaires à la confection de paniers indispensables aux nombreux travaux de la ferme.

Les branches ou arbres morts fournissaient le bois de chauffage. Les souches mêmes des châtaigniers abattus étaient déterrées pour être brûlées dans la cheminée et tenir le feu pendant les longues nuits d'hiver. Elles alimentaient le chauffage de la clède destinée à sécher les châtaignes.

Sole à Piser Sole à piser (éplucher) les châtaignes sèches

 Les bogues étaient enterrées ou mélangées au fumier pour faire de l'humus. Les feuilles servaient de litière aux animaux.


Les plantations se poursuivent jusqu'au XIXème siècle sous la pression d'une population qui arrivera à son maximum en 1860 avec 385 000 habitants. Les pentes ardéchoises sont particulièrement peuplées à cette époque, grâce aux élevages de vers à soie et aux moulinages implantés dans les vallées.

Mais cette activité va connaître une succession de crises, avec la maladie du ver à soie, la pébrine, qui décime les élevages et la concurrence des pays asiatiques, dont les expéditions sont facilitées par l’ouverture du canal de Suez en 1868.

Fourcolle


C’est le début de l’exode rural et la production de châtaignes devient surabondante.
A partir du moment où l'arbre ne revêtait plus, pour les Ardéchois, l'importance vitale des époques antérieures, les agriculteurs ont négligé son entretien, rendant, du même coup l'espèce plus sensible et vulnérable aux maladies.
La maladie de l'encre apparut en 1875. Ce champignon, qui attaque les racines et asphyxie l’arbre, provoqua de lourdes pertes dans les châtaigneraies.

Lassée de manger des châtaignes tous les jours, il n’est pas étonnant non plus que la population se soit tournée vers une alimentation plus diversifiée dès qu’elle en eut la possibilité. La châtaigne souffrait d’ailleurs d’un certain mépris de la part des citadins plus aisés.

Gratte

Des usines d’extraits tannants se sont installées dans les vallées pour extraire le tanin du bois de châtaignier, dont l’industrie du cuir avait besoin. C’est ainsi qu’entre 1897 et 1963, plus d’un million d’arbres ont été abattus en Ardèche.

Dans les années 1920, alors que la production a diminué de moitié, les responsables politiques s'émeuvent de ces abattages massifs :
"Le conseil général de l'Ardèche considérant que la destruction des châtaigneraies dans le département s'accentue de jour en jour et constitue à plusieurs points de vue une atteinte grave à l'intérêt public, émet le vœu que le Parlement adopte le plus tôt possible l'une des propositions de loi déposées sur le bureau de la Chambre ou au Sénat en vue de réglementer l'abattage du châtaignier."

En 1956, suite à l'hiver très rigoureux qui affaiblit les arbres, c’est l'endothia (ou chancre de l'écorce) qui sévit. Ce champignon parasite d’origine asiatique a d’abord décimé la châtaigneraie américaine au début du XXème siècle, avant d’être transporté en Italie pendant la première guerre mondiale. Il s’est ensuite répandu en France.

La châtaigne d’Ardèche représente aujourd’hui 50 % de la production française.

La châtaigne est une des premières cultures fruitières du département avec un potentiel de récolte de 5000 tonnes.

Le paysage ardéchois est encore fortement marqué par la présence de nombreux châtaigniers, même si seulement 30% sont exploités.

Plus qu’ailleurs, la châtaigne a prouvé sa résistance à traverser les âges, grâce au travail et à la passion des castanéiculteurs.